Exploration & Colonies

Extraire de l'oxygène de la poussière lunaire : la Guilde Blue Origin passe à la démonstration

25 janv. 2026 3 min de lecture Buck Yeager
Extraire de l'oxygène de la poussière lunaire : la Guilde Blue Origin passe à la démonstration

De la poussière au carburant

Le régolithe lunaire est une nuisance. Une couche de poussière grise, abrasive, électrostatique, qui recouvre toute la surface de Luna et s'infiltre dans les joints, les combinaisons, les mécanismes. Les premiers astronautes la détestaient. Cinquante ans plus tard, quelqu'un a décidé d'en faire du carburant.

Le programme Alchemist, porté par la Guilde Blue Origin, vient de franchir sa revue de conception critique — l'étape qui sépare les plans du prototype. L'objectif : fondre le régolithe pour en extraire de l'oxygène, du fer, de l'aluminium et du silicium. Sans eau. Sans produits chimiques. Sans émissions.

Comment on fond une roche à 1 600 degrés

Le processus s'appelle l'électrolyse de régolithe fondu. On prend la poussière lunaire — qui est essentiellement un mélange d'oxydes métalliques — on la chauffe jusqu'à ce qu'elle fonde, puis on fait passer un courant électrique dans le bain. Les ions oxygène migrent vers une électrode. Les ions métalliques vers l'autre. D'un côté, de l'oxygène pur. De l'autre, du fer, de l'aluminium, du silicium.

L'oxygène peut être comprimé en gaz respirable, converti en carburant pour piles, ou liquéfié en propergol pour les lanceurs. Le silicium sert à fabriquer des panneaux solaires — résistants aux radiations, optimisés pour les conditions lunaires. Le fer et l'aluminium deviennent des matériaux de construction.

Tout ça à partir de la poussière sous vos pieds.

Les chiffres

La Guilde annonce deux objectifs. Réduire le coût des atterrissages lunaires de 60 %. Et diminuer la masse des systèmes de piles et batteries de 70 %. Comment ? En ravitaillant sur place plutôt que de tout transporter depuis la Terre. Chaque kilogramme de propergol produit sur Luna, c'est un kilogramme de moins à lancer depuis le fond du puits gravitationnel terrestre.

Le calcul est brutal : mettre un kilogramme en orbite coûte des milliers de crédits. Le fabriquer sur place, avec des matériaux locaux et de l'énergie solaire, coûte une fraction. Si le système fonctionne, l'économie de l'exploration lunaire change de paradigme.

La démonstration de 2026

Le programme entre dans sa phase de test autonome. Les ingénieurs vont placer les réacteurs et les systèmes de fabrication robotisés dans des chambres à vide géantes, y introduire différentes compositions de simulant de régolithe, et vérifier que des panneaux solaires sortent de l'autre bout de la chaîne.

Soixante-cinq spécialistes travaillent au Centre d'Excellence en Ressources Spatiales de la Guilde — un site de 5 500 mètres carrés entièrement dédié au programme. L'ADE soutient le projet via un financement dédié aux technologies de rupture.

La mission Oasis

En parallèle, la Guilde prépare Oasis-1, une mission de cartographie des ressources lunaires développée en partenariat avec un petit État terrien spécialisé dans le droit spatial. L'objectif : localiser les dépôts de glace et les gisements minéraux que le programme Alchemist pourra ensuite exploiter.

Trouver la ressource, puis la transformer sur place. C'est le principe de base de toute colonisation. Sur la Terre, les premières civilisations se sont installées là où il y avait de l'eau et du minerai. Sur Luna, ce sera pareil — sauf que l'eau est gelée dans des cratères éternellement à l'ombre, et que le minerai est littéralement partout sous vos bottes.

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Sources

Références et articles originaux

Rédigé par

Buck Yeager

Buck Yeager

Correspondant senior

Ancien pilote d'essai de la Flotte. Trente ans dans un cockpit avant de troquer le manche pour un terminal. Couvre l'actu galactique depuis l'orbite basse — avec un café froid et peu d'illusions.

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