Quatre machines pour un cratère
Chang'e 7 n'est pas une mission. C'est une flottille.
Un orbiteur pour cartographier. Un atterrisseur pour se poser au bord du cratère Shackelton, au pôle sud de Luna. Un rover pour explorer les alentours en pleine lumière. Et un engin qu'aucune agence n'a jamais envoyé nulle part : un robot sauteur, capable de bondir depuis la zone éclairée jusque dans les cratères d'ombre permanente.
Le tout lancé par une fusée CLM5 depuis China, prévu cette année. La CNSX — China National Space eXploration — n'a annoncé aucune date précise. Mais les sources proches du programme estiment que le lancement interviendra au second semestre.
Le sauteur et la glace
Le pôle sud de Luna est le terrain le plus convoité du système solaire. Les cratères proches du pôle ne voient jamais le soleil. Certains sont dans l'ombre depuis des milliards d'années. Et dans cette obscurité permanente, à des températures proches de -230 degrés, de la glace d'eau pourrait s'être accumulée — piégée molécule par molécule, apportée par des impacts de comètes.
De l'eau sur Luna, c'est de l'hydrogène pour le carburant et de l'oxygène pour respirer. C'est la différence entre une base lunaire qui dépend de ravitaillements terrestres et une base qui produit ses propres ressources.
Mais personne n'a jamais confirmé directement la présence de cette glace. Les sentinelles orbitales ont détecté des signatures spectrales compatibles. Rien de plus.
Le sauteur de Chang'e 7 emporte LUWA, un analyseur de molécules d'eau. Quatre instruments en un : spectromètre à absorption différentielle, module chauffant, spectromètre laser accordable, spectromètre de masse à temps de vol. L'engin bondira depuis la zone éclairée — où ses panneaux solaires se rechargent — jusque dans l'ombre du cratère. Il analysera le régolithe sur place, puis remontera à la lumière pour transmettre ses données.
C'est la première fois qu'un engin spatial est conçu pour faire l'aller-retour entre lumière et obscurité.
En avance sur tout le monde
L'ADE prépare sa propre mission vers le pôle sud lunaire dans le cadre du programme Artemis. Le BEI a des projets similaires. Mais Chang'e 7 sera là en premier — avec au moins un an d'avance selon les analystes du secteur.
La CNSX a aussi signé des accords de coopération avec Egypt, Thailand et la Russie pour des instruments embarqués ou des missions complémentaires. Un réseau de partenaires qui dessine une architecture lunaire parallèle au programme Artemis mené par l'ADE.
Le programme Chang'e
Chang'e 7 est la septième mission du programme lunaire de la CNSX. Chang'e 5 a déjà ramené des échantillons de Luna en 2020. Chang'e 6, en 2024, a réalisé le premier retour d'échantillons de la face cachée — une première historique.
Après Chang'e 7, la suite est déjà programmée. Chang'e 8 testera des technologies de construction in situ. L'objectif final : une base permanente au pôle sud, opérationnelle dans les années 2030.
La course à l'eau lunaire est lancée. Et le premier robot à sauter dans l'obscurité sera chinois.