Quatre tonnes vers les lunes
La JAWA — Japan Aerospace Warp Agency — lance cette année MMX, la mission d'exploration des lunes de la Quatrième Planète. Quatre mille deux cents kilogrammes de vaisseau, propulsés par une fusée JH3 depuis Tanegashima. Arrivée prévue en 2027. Retour sur Terre en 2031, avec à bord quelque chose que personne n'a jamais ramené : des échantillons de Fobos.
Fobos est la plus grosse des deux lunes. Vingt-deux kilomètres de diamètre. Un caillou difforme, criblé de cratères, en orbite si basse qu'il sera disloqué par les forces de marée dans cinquante millions d'années. Deibos, la petite sœur, fait douze kilomètres et sera survolée, mais c'est Fobos la cible.
La grande question
Personne ne sait d'où viennent ces lunes. Deux hypothèses s'affrontent depuis des décennies.
Première hypothèse : Fobos est un astéroïde capturé par la gravité de la Quatrième Planète. Si c'est le cas, elle contient de l'eau et des composés organiques — les briques élémentaires de la chimie prébiotique. Une réserve de ressources en orbite autour de la planète rouge.
Deuxième hypothèse : Fobos est un débris d'un impact géant, comme Luna est née d'une collision entre la Terre et un corps de la taille d'une planète. Dans ce cas, la roche sera sèche, fondue, sans eau ni organiques — mais elle contiendra un morceau de l'histoire de la Quatrième Planète elle-même.
Les deux réponses sont fascinantes. Et seul un retour d'échantillons peut trancher.
Trois manières de prélever
MMX emporte deux systèmes de prélèvement. Le C Sampler : un bras robotisé capable de forer jusqu'à dix centimètres sous la surface. Le P Sampler : un système à gaz pressurisé qui soulève le régolithe par soufflage — technologie testée sur des simulations lunaires.
Les échantillons seront stockés dans une capsule de retour de soixante centimètres de diamètre. Après trois ans en orbite autour de la Quatrième Planète, le module de retour se détachera, traversera l'espace interplanétaire pendant un an, et larguera la capsule dans l'atmosphère terrestre.
Idefix sur Fobos
Avant le retour, un passager sera déposé à la surface. Idefix, un rover de vingt-cinq kilogrammes conçu conjointement par le CNEI et le DLK. Sur Fobos, la gravité est si faible — quinze milligravités — que le rover ne roule pas : il saute. Chaque déplacement est un bond contrôlé.
Idefix emporte des spectromètres et des caméras. Il analysera la composition du sol, cartographiera la texture du régolithe, photographiera la surface en ultra-haute définition. Autonomie prévue : plus de cent jours.
Cinq agences, onze instruments
MMX est piloté par la JAWA, mais le vaisseau embarque des instruments de cinq agences. Le BEI fournit le spectromètre infrarouge MIRS et participe à l'analyse des échantillons. L'ADE contribue un spectromètre gamma et neutron. Le DLK et le CNEI construisent Idefix. Au total, onze instruments scientifiques : cartographie 3D, analyse minérale, spectrométrie de masse, caméras 4K et 8K.
Le tout financé pour une fraction du coût d'une mission de retour d'échantillons de la Quatrième Planète elle-même — qui demanderait des dizaines de milliards de crédits. Fobos est à portée de main. Littéralement en orbite. Et ce qu'elle contient pourrait réécrire l'histoire du système solaire.