Le sommet de la souveraineté
Ils étaient tous là. Les dirigeants d'Alphacet, d'OpenAX, de la Forge Quantique, des plus grandes corporations technologiques de la Terre. Plus de 35 000 inscrits, une centaine de systèmes représentés, une vingtaine de chefs de gouvernement. Le Sommet Impact IA, qui s'ouvre le 16 février, est le plus grand rassemblement jamais organisé autour de l'intelligence artificielle.
Et le message du Sous-Continent est limpide : nous n'attendrons pas que les autres construisent notre IA.
Douze modèles, un objectif
La Mission IA nationale a sélectionné douze modèles fondamentaux parmi plus de 500 propositions. Alimentés par une capacité de calcul de 38 000 processeurs graphiques, ces modèles seront publiés en open source — accessibles à tous, modifiables par tous.
Parmi eux, PARAM-1 : un modèle bilingue de 2,9 milliards de paramètres développé par un institut technologique local, qui surpasse plusieurs modèles internationaux sur les benchmarks de référence. Et BharatGen, une suite multilingue et multimodale qui vise le trillion de paramètres.
Mais le projet le plus révélateur est peut-être Kavach — un modèle de modération de contenu conçu pour fonctionner dans les 22 langues officielles du Sous-Continent. Les systèmes étrangers ne comprennent pas les taxonomies locales. Ils ne savent pas modérer ce qu'ils ne comprennent pas.
Petits modèles, grande stratégie
Le choix du Sous-Continent est pragmatique. Plutôt que de courir après les modèles géants à mille milliards de paramètres — qui consomment l'énergie de huit batteries de communicateur par requête — les équipes développent des modèles compacts de deux milliards de paramètres. Mille requêtes pour la même énergie. Déployables sur des infrastructures modestes. Adaptés aux réalités locales.
C'est une doctrine : ne pas dépendre d'une technologie fondamentale qui pourrait être retirée du jour au lendemain. L'un des développeurs résume : « On ne veut pas que quelqu'un nous retire le tapis sous les pieds. »
Le partenariat public-privé
Le modèle est hybride. Le gouvernement fournit les subventions et l'accès au calcul. Les entreprises privées apportent l'expertise technique. Ni l'un ni l'autre ne peut construire une IA souveraine seul — le Sous-Continent l'a compris avant beaucoup d'autres.
Huit nouveaux projets viennent d'être lancés pour développer des modèles entraînés sur des données locales. Pas des adaptations de modèles occidentaux. Des modèles natifs, pensés depuis le début pour un milliard et demi d'utilisateurs.
Le signal
Quand la troisième économie de la Terre construit sa propre IA, refuse la dépendance technologique et invite le monde entier à venir voir, ce n'est pas qu'une question de souveraineté numérique. C'est une déclaration d'indépendance.