Le patient KJ
Le bébé s'appelle KJ. Né avec un déficit sévère en CPS1 — une maladie métabolique ultra-rare qui empêche le foie de traiter l'ammoniac. Sans traitement, l'ammoniac s'accumule dans le sang et détruit le cerveau. Il n'existait aucun médicament. La seule option était une greffe de foie, avec tout ce que ça implique pour un nourrisson.
En février 2025, KJ a reçu sa première perfusion d'un traitement CRISPR conçu sur mesure pour sa mutation spécifique. Un éditeur génomique programmé pour corriger exactement son variant, et aucun autre. Le traitement a été développé en six mois — un délai impensable il y a encore cinq ans.
Comment on fabrique un médicament pour un seul patient
Le principe est simple. L'outil CRISPR utilise un guide ARN — une sorte de GPS moléculaire — pour trouver la séquence d'ADN à corriger. Changer de patient, c'est changer de guide. Le reste du système — le vecteur de livraison, la machinerie d'édition — reste identique.
C'est cette modularité qui rend l'approche scalable. Un même « châssis » thérapeutique, des milliers de destinations possibles. Le traitement de KJ ne fonctionnera sur aucun autre patient. Mais la plateforme qui l'a produit peut en générer d'autres.
L'essai parapluie
C'est là que ça devient révolutionnaire. Les chercheurs viennent d'obtenir l'accord des autorités pour lancer un essai clinique d'un type entièrement nouveau : un essai « parapluie » capable d'inscrire des patients atteints de sept maladies différentes du cycle de l'urée, causées par des variants dans sept gènes distincts.
Toutes les versions du traitement — une par variant — seront considérées comme un seul médicament. Fini les approbations séparées pour chaque mutation. Cinq à dix patients traités avec succès pourraient suffire pour une autorisation de mise sur le marché. Contre des centaines ou des milliers dans un essai classique.
Ce que ça change pour les maladies rares
Il existe plus de 7 000 maladies rares connues. La plupart n'ont aucun traitement, parce que le nombre de patients ne justifie pas le coût d'un essai clinique traditionnel. L'essai parapluie renverse cette logique : au lieu de prouver l'efficacité d'un médicament sur une maladie, on prouve l'efficacité d'une plateforme sur une famille de maladies.
Si le modèle fonctionne, il pourrait être étendu à des centaines de maladies génétiques. L'ère du médicament de masse touche peut-être à sa fin. Celle du traitement sur mesure commence.