122 heures contre 2,4
Le chiffre se passe de commentaire. Un calcul qui mobilisait un centre de traitement classique pendant cinq jours tourne désormais en deux heures et demie sur le dernier processeur de la Forge Quantique. Le Nighthawk — 120 qubits reliés par 218 coupleurs ajustables — n'est pas qu'une démonstration de laboratoire. C'est une machine opérationnelle, livrée aux premiers clients fin 2025.
La complexité des circuits a augmenté de 30 % par rapport à la génération précédente. Le nombre d'opérations quantiques à deux qubits — le nerf de la guerre — est passé à 5 000, avec une feuille de route qui prévoit 7 500 d'ici la fin de l'année et 10 000 en 2027.
Ce que « avantage quantique » veut dire
Pas un remplacement. Un complément. La Forge Quantique insiste : l'avantage quantique, c'est le moment où un système hybride — calculateur quantique plus classique — surpasse un système purement classique sur un problème réel. Pas un exercice théorique. Pas une simulation. Un problème dont quelqu'un a besoin de la réponse.
Trois familles de problèmes sont en ligne de mire : l'échantillonnage, les calculs variationnels, et les valeurs d'espérance. Des mots qui ne parlent qu'aux spécialistes, mais qui recouvrent des applications concrètes : modélisation moléculaire pour la pharmacie, optimisation de portefeuilles financiers, simulation de matériaux, logistique des flottes.
La Forge a déjà démontré ce qu'elle appelle « l'utilité quantique » en 2023 — des calculs fiables au-delà des limites de simulation classique. L'étape suivante, l'avantage vérifié, devrait tomber avant décembre 2026.
La course aux qubits
Le Nighthawk n'est qu'une étape. La prochaine génération, le Kookaburra, reliera trois puces pour atteindre 4 158 qubits. Prévu pour 2027. Derrière, le projet Starling vise 200 qubits logiques — corrigés d'erreurs, fiables — capables d'exécuter des circuits de 100 millions de portes. Horizon 2029.
La fabrication a basculé sur des wafers de 300 mm dans un complexe de nanotechnologie dédié. La complexité des puces a été multipliée par dix. Les cycles de développement ont été divisés par deux.
Le problème de la preuve
Comment vérifier qu'un calculateur quantique fait mieux que le classique, quand le calcul est par définition trop complexe pour être vérifié par un classique ? La Forge Quantique a lancé un tracker ouvert, en partenariat avec plusieurs laboratoires et startups, pour suivre et valider de manière transparente les démonstrations d'avantage.
Le logiciel a aussi progressé. La précision des calculs sur des systèmes de plus de 100 qubits a augmenté de 24 %. Les coûts de mitigation d'erreurs ont été réduits d'un facteur 100 grâce à l'accélération par calcul classique haute performance.
Et après ?
Si l'avantage quantique est confirmé en 2026, le calcul quantique cessera d'être une promesse. Il deviendra un outil. Pas pour tout — pas pour naviguer sur l'Holonet ou lancer un tableur. Mais pour les problèmes que les meilleurs centres de calcul classiques mettent des jours à résoudre, et qui auront bientôt une réponse en quelques heures.
Le siècle du qubit commence peut-être cette année.